Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Broke in London

Un voyageur sans livres

C’était mon premier et dernier voyage à Londres. Je voulais profiter d’une offre spéciale de Tunis Air: Un billet Tunis-Londres, aller-retour, pour seulement 195 dinars ! C’est ce qu’on appelle le tarif PEX aux conditions draconiennes. Dès l’achat du billet, on ne peut plus en changer ni la date d’aller ni celle du retour. Une agence de voyages de Tunis me donna le nom d’un hôtel bon marché, Belgravia Hotel, pas loin de Victoria Station. Avant de partir je m’étais mis d’accord avec un ami qui vivait à Paris pour qu’il m’envoie un mandat à l’adresse de cet hôtel. C’est pourquoi je suis parti pour Londres avec seulement l’équivalent de 100 dinars en devises. Je suis arrivé à Londres un samedi. Je n’ai trouvé aucune difficulté à trouver ma destination: l’hôtel Belgravia. Une nuit coûtait à l’époque 18 livres sterling, petit-déjeuner inclus. Il fallait payer chaque nuit d’avance et ce avant midi. J’y attendais impatiemment l’argent de Paris. Lundi, rien. Aucun mandat.

Londres est une ville tellement chère que j’ai épuisé toutes mes ressources financières en trois jours. Mardi soir, je me rappelle, je me baladais dans les rues de Londres avec quelques sous en poche. Heureusement ma nuit à l’hôtel était payée d’avance. En traversant un pont londonien, un groupe d’enfants me demanda de l’argent. Je leur ai donnés tout ce que j’avais. Je voulais être l’homme le plus "léger" de Londres.

Lorsque mercredi matin le réceptionniste de l’hôtel m’annonça la mauvaise nouvelle, aucun courrier pour moi, je n’avais d’autre solution que quitter ma chambre. Mais pour aller où? Heureusement qu’à Londres les informations sont gratuites. Je me suis donc dirigé vers le bureau d’informations de Victoria Station pour demander l’adresse de l’ambassade tunisienne.

Je devais marcher quelques kilomètres pour trouver l’ambassade de la mère-patrie. Je suis arrivé à l’ambassade aux alentours de 13 heures. J’ai expliqué mon problème à un fonctionnaire très gentil. Au début il m’a dit: "C’est votre problème. Nous ne sommes pas ici pour aider les voyageurs tunisien." Mais lorsque j’ai insisté, il m’a dit de revenir deux heures plus tard. Peut-être voulait-il s’assurer que j’étais vraiment dans le pétrin. Je suis sorti de l’ambassade pour m’asseoir sur le banc du jardin public le plus proche et attendre. A 15 heures j’étais au rendez-vous.

C’est le même fonctionnaire qui m’accueille et me prie d’écrire une demande de prêt de secours. "On ne peut pas vous prêter plus que 30 livres", me dit-il. Je me suis dit: " C’est mieux que rien." Suivant ses conseils, j’ai demandé par écrit, en arabe, une aide remboursable de 30 livres sterling. Finalement c’est le consul en personne qui me reçoit dans son bureau. Il m’explique que l’ambassade ne peut me prêter plus que 20 livres. Je n’ai pas négocié le montant. J’ai signé un engagement à rembourser les 20 livres après mon retour en Tunisie.

Que faire avec 20 livres dans une ville aussi chère que Londres? Il était hors de question de revenir a mon hôtel. Alors j’ai décidé de passer la nuit à l’aéroport de Heathrow. J’ai acheté un peu de nourriture dans un magasin puis j’ai pris le métro pour l’aéroport. A l’aéroport je faisais semblant d’être un passager qui attend son vol du lendemain matin. J’ai bien dormi toute la nuit et je n’avais aucun souci de sécurité vu que la police faisait des rondes sans déranger mon sommeil. Le lendemain matin je suis retourné à l’hôtel. Lorsque le réceptionniste m’a dit: "Vous avez du courrier" mon angoisse s’est transformée en euphorie. Hourrah ! L’argent est finalement arrivé de France. Pour "changer d’air" j’ai décidé de chercher une chambre ailleurs. Sur la même rue je suis tombé sur une pension familiale. Une dame dont l’accent trahissait l’origine étrangère m’a loué une grande chambre avec un lit gigantesque et une douche individuelle pour seulement 16 livres la nuit. Lorsque je lui ai dit que je suis Tunisien, elle m’a parlé de son regretté mari qui, en tant que capitaine de la marine marchande, connaissait bien la ville de Sfax.

Le jour même je suis revenu à l’ambassade pour rembourser une dette de 24 heures. J’ai exigé qu’on me remette l’engagement que j’avais signé la veille. Je l’ai déchiré allègrement devant tout le monde, j’ai remercié les fonctionnaires de l’ambassade pour leur aide puis je me suis engouffré dans le brouillard londonien…

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article