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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Brouillons de vie

J’ai perdu Anis de vue depuis la fin du siècle dernier. C’était en août 1999. J’ai fait sa connaissance à L’Università Per Stranieri di Perugia, en Italie, où nous étions boursiers de la fondation Dante Alighieri. Jusqu’à un jour de février 2010, je ne savais pas qu’il avait été "adopté" par le Canada, comme moi. Le hasard a voulu que nous soyons dans la même salle de cinéma pendant La Nuit Blanche de Montréal, organisée le 27 février 2010. L’événement auquel nous avons partcipé dans le cadre de cette nuit blanche s’appelait " Noche de los cortos" ( Nuit des courts-métrages). La soirée ciné a commencé à 21h et s’est achevée à 2h00 du matin. Cinq heures de films hispano-latino-américains. À la fin de la projection je l’ai invité à L’Amère à boire, ma brasserie préférée à Montréal.

À 2h30 du matin la bière coulait à flots et la brasserie était pleine d’oiseaux de nuit, chroniques ou occasionnels. On devait faire vite, car la loi québécoise interdit la vente d’alcool après 3h00 du matin. Anis n’a qu’un seul projet dans la vie: avoir un jour un projet dans la vie ! Bien qu’il ait atteint l'âge de la sagesse, il est tout sauf un sage. Lorsqu’il vivait en Tunisie, son ami Al-Haj l’appelait " Monsieur bac plus 20 ", car il ne savait faire autre chose qu’étudier. Il était entré à l’université à l'âge de 18 ans. Il en est sorti à l’âge de 35 ans ! Il a passé sa vie à écrire des brouillons d’une vie digne de ce nom. D’ailleurs, il m’a dit que si un jour il se décidait à écrire une autobiographie, son titre serait Brouillons de vie.

Pendant toute sa vie, il n’ai jamais eu peur des zigzags, des changements abrupts et des coups de tête. Pour lui, tout changement ne pourrait être que positif. "Rien ne consume plus l’âme et l’esprit que la stagnation", m’a-t-il dit en dégustant une bière qui porte le nom de Fin de Siècle. Ce qu’il n’a cessé de chercher ce n’était ni l’argent ni la gloire mais un enrichissement continu de son cerveau et de son âme. Il a conservé une qualité rare et précieuse: la capacité de refaire sa vie à n’importe quel moment. Il pense que l’homme qui n’a rien à perdre est un homme libre. Il se prépare à quitter Montréal pour une destination encore inconnue. "Là-bas je n’aurai rien à perdre à part la routine qui tue l’intelligence et l’esprit d’initiative et une culture de consommation à laquelle je suis tout à fait étranger. " Je lui ai dit: "Mais l’être humain à besoin de s’attacher à quelque chose. Même les nomades ont des attaches: leur famille, leurs tentes, leur chameaux, leurs chèvres, leurs sources d’eau etc." Après un long moment de silence, il a répondu: "Moi aussi, j’ai des attaches solides: l’ouverture des Noces de Figaro, les Quatre saisons de Vivaldi, Clair de lune de Beethoven et la musique de Zorba..."

Omar K.

Montréal, février 2010.

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