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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

In corpore veritas

"mens sana in corpore sano "

Rihanna est une philosophe qui n’écrit pas. Elle a cessé d’enseigner la philosophie le jour où, à la fin d’un triathlon, elle était entrée dans un état comparable à la transe des derviches tourneurs. Alors que son corps donnait des signes alarmants de fatigue extrême, son esprit fut "ébloui" par une illumination indescriptible. Cette vision inénarrable a changé sa vie à jamais. Elle a saisi en un dixième de seconde un "sens global de l’existence" que dix ans d’études et de recherche en philosophie ont été incapables de communiquer ou d’élucider.

Avant sa "reconversion" spectaculaire, Rihanna enseignait la philosophie de Heidegger dans plusieurs universités canadiennes. Elle était considérée par ses pairs comme l’un des meilleurs exégètes de Heidegger en Amérique du Nord. Mais après ce triathlon inoubliable, elle a passé la soirée à rédiger des lettres de démission adressées aux universités où elle enseignait. Elle a, en outre, décidé d’offrir tous les livres écrits par Heidegger lui-même ou par les spécialistes de sa philosophie à un bouquiniste du Plateau Mont-Royal.

La nouvelle philosophie de Rihanna pourrait s’appeler "la philosophie du corps", en opposition à celle du " pur esprit ". D’après elle, les cogitations philosophiques ne sont que des ruminations inutiles. Elle croit qu’en dehors de l’expérience directe du corps humain, il n’y a que de la "diarrhée verbale". Elle me dit, en savourant un thé vert à la menthe, que " les connaissances acquises par le corps qui bouge - que ce soit en dansant, en courant, en pédalant ou en nageant - n’ont pas besoin d’être théorisées ou couchées sur le papier. "

Pourtant, Rihanna est toujours une lectrice assidue. Sauf que la nature de ses lectures a changé. Elle s’intéresse maintenant aux dernières découvertes en matière de neurosciences et d’interaction corps-esprit. Elle s’intéresse aussi aux cultures "globalistes", c’est-à-dire celles où la rupture entre le corps physique et l’esprit n’existe pas. Pour Rihanna, le "malaise dans la civilisation" vient de la domination exercée par le néocortex (le cerveau évolué) sur le cerveau basique (primitif ou reptilien et limbique). Elle me rappelle le cas de Marianne, une patiente citée par le docteur David Servan-Schreiber dans son livre Guérir, qui n’a pu se libérer de son mal qu’en faisant "parler" son corps. (1)

Rihanna, qui partage son temps entre la culture de légumes biologiques, le jogging, la natation et l’aérobic, regrette-t-elle ces longues années passées à étudier la philosophie allemande à Montréal et à Heidelberg ? " Non, je ne regrette rien.", répond-elle. Elle ajoute: " Lorsque je fais le bilan de ma vie antérieure, je constate que ces études approfondies de philosophie me servent aujourd’hui de vaccin contre tout empoisonnement par la philosophie. À la fin de sa vie, Wittgenstein a compris l’impasse où peut mener l’obsession philosophique. Mais c’était trop tard pour lui. "

Selon Hegel, " Tout ce qu’on peut apprendre de l’Histoire c’est qu’on ne peut rien apprendre de l’Histoire. " Quant à Rihanna, elle pense aujourd’hui que " La philosophie a une seule utilité: nous démontrer l’inutilité de la philosophie. "

1) " Marianne, par exemple, suivait depuis deux ans une cure psychanalytique freudienne traditionnelle.(…) Toujours focalisée sur ses pensées et le langage, elle se rendait compte maintenant qu’elle n’avait jamais pleuré sur le divan. À sa grande surprise, c’est chez une masseuse, au cours d’une semaine de thalassothérapie, qu’elle avait soudainement retrouvé ses émotions. Elle était allongée sur le dos et la masseuse lui massait doucement le ventre. Lorsqu’elle s’approchait d’un point précis, au-dessous du nombril, Marianne sentait un sanglot lui monter à la gorge. La masseuse le remarqua et lui demanda tout simplement de prendre note de ce qu’elle ressentait, puis elle insista doucement, avec des mouvements tournants juste sur ce point. Quelques secondes plus tard, Marianne fut prise de sanglots violents qui secouaient tout son corps. Elle se revit sur une table d’hôpital, après une opération de l’appendicite, à l’âge de sept ans, seule parce que sa mère n’était pas revenue de vacances pour s’occuper d’elle. Cette émotion, qu’elle avait si longtemps cherchée dans sa tête, était là depuis toujours, cachée dans son corps. "

David Servan-Schreiber; Guérir le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse; Éditions Robert Laffont, Paris 2003, pages 37, 38.

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