Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

La tragédie d’un comédien

"Les acteurs sont seuls. Je les connais bien, j’en ai eu des tas en analyse. Ils ont en eux des rôles, des figures, des fantômes, mais ils sont seuls. Ils ont besoin de scénarios, de mises en scène, pour donner un sens et une forme à leur monde intérieur." (1)

Personne ne se rappelle plus son nom. Pourtant il était l’un des meilleurs comédiens des théâtres parisiens avant la deuxième guerre. Le rôle de sa vie fut celui du sadique et lubrique roi Chahrayar dans la pièce de l’écrivain égyptien Tawfik Al-Hakim, Chahrazad. Cette pièce de théâtre raconte la métamorphose de Chahrayar après les mille et une nuits passées à écouter les récits envoûtants de la bouche de Chahrazad, sa dernière femme. Il a perdu le goût de la bonne chère et abandonné les plaisirs de la chair. Même ce prodigieux aphrodisiaque qu’on appelle "le pouvoir" ne l’intéresse plus. Chahrayar cherche la réponse à la Question des questions: Après cette vie éphémère, y a-t-il derrière un grand mystère ?

Il entreprend, alors, un grand voyage à la recherche de son âme perdue. Son grand vizir est perplexe mais le roi veut fuir le cocon royal. Après des périples qui le mènent aux confins de la terra incognita, il revient avec une âme aussi vide que le néant. Chahrayar rentre discrètement dans son palais et qu’est-ce qu’il voit ? Sa femme au lit avec un esclave noir. Il ne réagit pas. Il trouve la scène plutôt comique. La jalousie n’est plus qu’un vieux souvenir. Le grand vizir est scandalisé par la passivité du roi. Il n’a pas compris que Chahrayar n’était plus que l’ombre de lui-même. Il est sorti de sa vieille peau sans pour autant en retrouver une autre. Un voile de mystère tombe sur la fin de la pièce. Qu’est-il advenu au roi des Mille et une nuits ?

D’après les témoins de l’époque, le comédien qui avait joué le rôle de Chaharayar avait lui aussi subi une lente métamorphose au fur et à mesure des représentations. Il a commencé à se prendre pour le roi Chahrayar en personne et son langage est devenu incompréhensible pour le commun des mortels. " On dirait qu’il déclamait des poèmes surréalistes..", a raconté la vieille "Chahrazad", sa partenaire au théâtre, peu avant sa mort à l’âge de 93 ans.

Après l’invasion de la France par les troupes de la Wehrmacht, on n’a plus de nouvelles du "roi Charayar". A-t-il été tué durant la guerre ? A-t-il fini sa vie dans un asile ? S’était-il suicidé à cause de la défaite de la France ? L’ironie du sort a voulu que la fin de ce comédien de talent fût aussi mystérieuse que celle de Chahrayar dans la pièce de Tawfik Al- Hakim.

1) - Michel Schneider; Marilyn dernières séances; Éditions Grasset; pages 373, 374

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article