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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Entretien avec le docteur Kanfoud

Le docteur Kanfoud a un parcours atypique. Chirurgien dans une autre vie, il décide, suite à une dispute avec son chef de service, de quitter la chirurgie pour se spécialiser en psychiatrie. Il vit en Tunisie et y exerce le noble métier de "médecin des fous".

O.K. : Docteur Kanfoud, pourquoi la maladie mentale fait-elle peur ?

Dr. Kanfoud: La maladie mentale fait peur, car tous les "gens normaux" sont des malades mentaux en latence. Vivre au sein d’une société humaine exige des efforts et impose des contraintes que certains ont de la difficulté à supporter. La folie est la dimension cachée de l’être. La vraie folie est de nier cette dimension ou d’essayer de rendre les malades mentaux invisibles.

O. K. : Vous n’avez pas peur des fous ?

Dr. K. : J’ai plus peur des gens raisonnables que de ceux qui ont perdu la raison !

O. K. : Vous rencontrez souvent des membres de la famille de votre patient ou patiente. Les mentalités ont-elles changé face à la "fêlure de l’âme" ?

Dr. K. : Le changement est trop lent. Pire, les mentalités sont contaminées par un courant rigoriste qui veut remplacer les soins psychiatriques par la "cure par les versets du Coran" !

O. K. : Comment expliquez-vous ce regain de religiosité ?

Dr. K. : Ce n’est qu’une névrose passagère. L’excès de religiosité finira par se transformer en un rejet complet de la religion. Mais nous sommes encore loin du bout du tunnel. Les Lumières c’est pas pour demain, hélas ! Peut-être mes petits-enfants vivront-ils assez longtemps pour assister au crépuscule du salafisme…

O. K. : Est-ce que la chute de Ben Ali a été bénéfique pour la santé mentale des Tunisiens ?

Dr. K. : Globalement oui, mais la liberté fait peur. Qui dit liberté dit responsabilité. En outre, dans certaines régions de la Tunisie, les familles exercent une vraie dictature contre leur progéniture. Les jeunes ne peuvent pas s’épanouir et se construire aussi longtemps que leur famille les considère toujours comme mineurs, quel que soit leur âge. La dictature familiale crée des tensions. Ces tensions s’accumulent avec le temps mais ne trouvent aucune voie d’évacuation. Certains individus - une minorité - basculent vers la violence ou la pensée violente, le jihadisme. La majorité des autres "intériorisent" leur agressivité. Ils s’adonnent aux drogues ou bien ils sont victimes de troubles psychosomatiques et de maladies psychologiques ou mentales.

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