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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Entretien avec le professeur Benno Lehrmit

Le professeur Benno Lehrmit enseigne l’économie et l’histoire des idées économiques à l’Université Albert Cossery à Hashima, une île fantôme proche de Nagasaki au Japon. Ce penseur iconoclaste n’est pas mondialement aussi célèbre que Noam Chomsky ou Naomi Klein mais ses idées commencent à se propager en dehors de cette île abandonnée par ses habitants en 1974 (1).

O. K. : Professeur Lehrmit, je n’oublierai jamais ma première leçon d’économie. Notre prof d’économie nous a dit dès la première leçon: "Les besoins de l’être humain sont infinis". Il parlait bien sûr des besoins économiques. C’est le premier axiome de la science économique. Apparemment, vous contestez cette vérité immuable indémontrable ?

B. L. : Avec tout mon respect pour votre prof d’économie, ce dernier n’est qu’un perroquet en train de répéter des âneries dignes d’un publicitaire ou d’un commis voyageur. Ce soi-disant axiome n’est vrai que dans le cas où les ressources de la terre sont infinies.

O. K. : Certes, les ressources de la terres ne sont pas infinies mais, dès que notre petite planète est épuisée, l’être humain partira dans l’espace à la recherche de matières premières et de sources d’énergie extra-terrestres.

B. L. : C’est un scénario imaginé par les apparatchiks de la NASA pour assurer leur futur. Mais même si ce scénario se réalise dans quelques siècles, les ressources de l’Univers ne sont pas infinies.

O. K. : Vous n’êtes pas sans savoir que l’économie a besoin de croissance. Une économie à croissance zéro ou négative n’est envisagée et envisageable par aucun des gouvernement de la planète. D’après d’éminents économistes, il n’y a pas de frein à la course folle vers la croissance. C’est comme la rotation de la terre ou le mouvement des galaxies.Y a-t-il une alternative, d’après vous ?

B. L. : L’alternative existe mais personne ne veut d’elle, car elle fait peur. L’alternative c’est de remplacer le PNB (Produit National Brut) par le Bonheur National Brut, une notion inventée par le Bhoutan, un petit pays qui montre le chemin de l’avenir. Les économistes sérieux ont ri de moi lorsque j’ai dit que " les ressources de l’âme humaine sont infinies". Les marchés, aussi, ne me portent pas dans leur cœur, car je prône le calme et la sérénité alors que leur pain quotidien est fait d’agitation et de nervosité. Ces marchés ressemblent à des divinités grecques irascibles dont tout le monde craint les sautes d’humeur et les mauvais coups.

O. K. : Maintenant je comprends pourquoi vous avez décidé de vivre sur cette île déserte où l’activité économique brille par son absence.

B. L. : Hashima mon amour ! J’adore cette île, car elle est une métaphore vivante. Hashima est l’île de la mine épuisée puis abandonnée. Un jour, toute la terre ressemblera à Hashima. C’est une île à la fois cauchemardesque, à cause de son économie inexistante, mais aussi paradisiaque, car la nature y a pris le dessus. Les traces de l’homme sont en train de disparaître lentement mais sûrement.

O. K. : Quel est votre livre de chevet sur cette île ?

B. L. : En fait il ne s’agit pas d’un livre mais d’un récit d’une page et demi, écrit par Heinrich Böll: Anekdote zur Senkung der Arbeitsmoral (2) (Anecdote pour démotiver les travailleurs). En résumé, c’est l’histoire d’un touriste qui visite un port de pêche. Il tombe sur un pêcheur qui est en train de faire la sieste dans sa petite barque. Les clics de l’appareil photo du touriste réveillent le pêcheur somnolent. Le touriste engage la conversation:

- Monsieur, excusez-moi de vous déranger. Aujourd’hui, le temps est beau et la mer est calme. Alors, pourquoi ne partez-vous pas à la pêche ?

- C’est déjà fait, tôt le matin. Ce que j’ai pêché me suffit pour au moins deux jours.

- Mais vous pouvez sortir pêcher encore une deuxième, une troisième et peut-être même une quatrième fois !

Le pêcheur hoche la tête. Le touriste poursuit son envolée lyrique:

- Grâce à vos prises répétées, vous allez avoir assez d’argent pour remplacer la petite barque par un chalutier. Après, vous aurez une flotte de chalutiers dont les déplacements sont coordonnés par un hélicoptère. Ensuite, peut-être, vous aurez votre propre conserverie et aussi un restaurant spécialité poisson…

- Et après ?

- Après vous pourrez aller vous asseoir tranquillement au port, prendre un bain de soleil, contempler la mer, faire une petite sieste…

- Mais c’est ce que je suis en train de faire !

1) - http://societe.fluctuat.net/blog/35240-hashima-l-ile-abandonnee-depuis-35-ans-.html

2) http://www.jungegew.de/Arbeit/Boell_Arbeitsmoral.htm

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