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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Monsieur Superficiel

Interview d’un créateur de vent et autres courants

Pour ne pas lui faire de la publicité gratuite, je vais l’appeler Herr Oberflächlich, qui signifie Monsieur Superficiel dans sa langue maternelle, l’allemand. Ce n’est aucunement une insulte. Il se définit lui-même comme " l’homme le plus superficiel au monde." Son humour est très british: " Ici je suis le boss mais mon atelier est plein de patrons." Il passe tout son temps à dessiner et à couper. Il n’aime pas qu’on lui dise que ses méthodes de travail, encore manuelles aux temps des logiciels de conception, sont démodées. Il balaie d’un coup d’éventail cette critique: " Cette remarque est insensée et même grotesque. En fin de compte c’est moi qui décide de ce qui est à la mode et de ce qui ne l’est plus ! "

O. K. : Un journaliste irrévérencieux vous a défini comme un " créateur de vent et autres courants ". Est-ce vrai ?

H.O. : C’est aussi vrai que le théorème de Pythagore. La mode c’est du vent, car elle est volatile, éphémère. Depuis que les humains ont quitté les arbres, ils ont commencé à créer du vent : coloration des cheveux, tatouages, bijoux, perçages etc.

O. K. : Mais ne comparons pas les incomparables ! Le vent que vous vendez chaque saison est très onéreux !

H. O. : Vous savez que durant l’âge des cavernes, il n’y avait ni millionnaires ni milliardaires. Mes créations ne sont pas destinées au commun des mortels.Une pub italienne pour une marque de whisky résume ma philosophie: " È popolare ma non è per tutti ! " (C’est populaire mais ce n’est pas pour tous).

O. K. : D’aucuns disent que le gens qui s’habillent à la mode et ne portent que du signé cachent un vide intérieur ?

H. O. : C’est faux ! L’intérieur humain est un mythe inventé par la psychanalyse. Nous sommes tous vides à l’intérieur, parce que cet intérieur n’existe tout simplement pas. L’intérieur de l’être humain c’est son extérieur. En résumé : dis-moi comment tu t’habilles et je te dirai qui tu es.

O. K. : Pourquoi, d’après-vous, certains clients dépensent des sommes astronomiques dans des boutiques qui ne vendent que du vent ?

H. O. : L’être humain, lorsqu’il a les moyens, veut se distinguer des autres. Vous ne verrez jamais Catherine Deneuve acheter des vêtements chez C&A, car ce magasin ne sied pas à son statut de star. Il y a aussi un désir d’appartenance dans tout acte achat de produits signés. En achetant le vent que je fabrique, Rachida Dati, par exemple, exprime par cet acte un désir ardent, celui d’appartenir à la haute classe de Paris.

O. K. : Mais il y a des riches qui s’habillent comme des pauvres, non ?

H. O. : Moi, j’ai même vu des riches marcher à pied. Lorsqu’on a l’argent, on peut se permettre le luxe de le mépriser. Rien n’interdit à Bill Gates d’acheter un hotdog à un vendeur ambulant de New York. Mais lorsqu’il visite Paris, il ne descend pas dans un hôtel délabré de Pigalle à 30 euros la nuit.

H. O. : Je comprends qu’une milliardaire saoudienne vous achète des pièces de vent récent à 500 000 ou même un million d’euros, mais ne trouvez-vous pas regrettable que des clients aux revenus moyens se ruinent pour acheter un petit courant d’air créé par vous ?

H. O. : Si mes créations font rêver ces gens-là, alors pourquoi les priver de leurs rêves ? Savez-vous qu’il y a des couples de retraités de la classe moyenne qui épargnent de l’argent chaque mois pour qu’un jour, avant leur mort, ils puissent se permettre une nuit au Ritz de Paris ?

O. K. : Pour moi, c’est de la folie.

H. O. : La vraie folie c’est de finir sa vie sans commettre une seule folie.

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