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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Une affaire de cœur

Je l’ai rencontré par hasard. J’ai perdu ses coordonnées et il a perdu les miennes. Il venait de sortir d’une "crise de santé fictive". Je lui ai dit que c’était normal pour quelqu’un qui a consacré toute sa vie à la fiction. Il s’agissait d’une fausse crise cardiaque, une copie non conforme de celle qu’il avait eu trois ans auparavant.

Il a passé 32 heures, "inoubliables" selon lui, à l’Hôtel Dieu de Montréal. C’était un lundi, son premier jour de travail après quatre jours de repos. Il est arrivé au travail à 6h45. À 7h00 il a eu des douleurs pectorales et des bouffées de chaleur. Il transpirait. À aucun moment il n’a perdu conscience. Mais dès l’instant où son collègue John a appelé le 911, il n’était plus maître de son destin. Deux ambulanciers sont venus le chercher avec leur brancard. Il a eu droit à une série d’interrogatoires serrés. Il a dit tout ce qu’il savait aux ambulanciers, à l’infirmière de l’urgence chargée de l’accueil des patients, à une doctoresse stagiaire, au médecin urgentiste, à un jeune cardiologue puis au professeur chef de service. Il n’oubliera jamais cette phrase du jeune cardiologue: "Vous n’auriez pas un petit cancer à nous cacher ? ". Mais aucune de ces personnes très compétentes n’a posé les questions essentielles : "Avez-vous une vie amoureuse et sexuelle? Êtes-vous satisfait de votre vie actuelle ?".

Il n’a alerté ni ses amis ni sa logeuse, Mme Hausmann. Pourtant, il y avait un téléphone mis à la disposition des patients. Le plus difficile c’était de rester allongé sur un lit sans avoir un livre ou une revue à portée de la main. Il était aussi en manque d’excitants : thé, café, chocolat etc. Il a dû supplier l’infirmière de nuit pour qu’elle lui achète un café. Ce café noir sans sucre, bu à 11h00 du soir, était le seul aliment qui a honoré son estomac de sa visite depuis son hospitalisation à 8h00 du matin. Il aurait pu demander un repas mais il n’avait pas faim.


Les médecins et les infirmiers de garde n’arrêtaient pas de parler et de rigoler pendant toute la nuit. Malgré le brouhaha il a réussi à piquer un somme entre 3h00 et 6h00 du matin. Mais le bruit du personnel n’était pas le seul problème. Il était branché à une machine qui mesurait son rythme cardiaque en permanence et dès qu’il s’assoupissait le moniteur déclenchait l’alarme ! Le système était programmé pour déclencher l’alarme dès que le rythme cardiaque descend au-dessous de 50 battements/minute. C’était une grande découverte pour lui. Il ignorait qu’il avait un cœur de sportif grâce au jogging et au vélo. D’après les explications de l’infirmière, ceux qui font beaucoup d’exercices physiques ont un cœur plus gros que les autres et de ce fait, pendant le sommeil, 40 ou 45 battements /minutes sont suffisants pour irriguer le corps.
Après le test du tapis roulant, le chef de service de cardiologie lui a dit que son cœur battait normalement. Sauf qu’il ne battait pour personne. Mais les cardiologues ne se mêlent pas des affaires de cœur. Hélas !

Avant de prendre congé de moi, il m’a dit que pendant la période des fêtes, son neveu, étudiant en Allemagne, lui avait envoyé une carte de vœux avec une citation en allemand: "Der schlechteste Weg, den man gehen kann, ist der, keinen zu wählen." [Le pire chemin qu’on puisse choisir dans la vie est de n’en choisir aucun].


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