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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Vendeur de rêves impossibles

Je suis un des hommes d’affaires les plus riches au Canada. C’est pourquoi je m’ennuie à mourir. Je ne cherche ni le sens de la vie ni celui de la mort. Je cherche tout simplement à noyer mon ennui dans quelque chose. J’ai essayé l’alcool, la marijuana, le cannabis, l’ecstasy etc. mais j’ai fini par les vomir tous.

Après quelques mois de réflexion, j’ai décidé de faire comme les "héros" du film italien Amici miei (Mes chers amis), des gamins quinquagénaires qui, en parallèle avec une vie familiale normale, inventent des jeux puérils pour se divertir et oublier qu’ils vont mourir.

Un jour, j’étais en train de flâner dans un grand centre commercial de Montréal lorsque j’ai vu un monsieur, bien habillé et l’air pressé, en train de remplir les grilles d’un formulaire de Loto. Je me suis dirigé vers lui et lui ai lancé sans même avoir dit bonjour:

- Monsieur, Vous n’allez pas gagner, je vous le garantis.

- Occupez-vous de vos affaires, Monsieur.

- Je m’occupe très bien de mes affaires mais vous, vous allez perdre votre argent pour rien. Les lois de la probabilité me disent que votre chance de gagner est de 0,000 000 000 1%.

- Laissez-moi tranquille, je vous en prie !

- Savez-vous qui je suis ?

Avant qu’il ne réponde je luis sors ma carte d’affaires et mon permis de conduire pour lui prouver que je suis l’homme dont le nom est omniprésent dans les pages économiques des journaux canadiens. Il examine attentivement mon permis de conduire puis me dit:

- Pourquoi vous adressez-vous à moi ?

- Je voulais vous proposer une affaire.

- Quel genre d’affaire ?

- Dites-moi tout d’abord: vous allez jouer pour combien ?

- Cinq dollars.

- L’affaire que je vous propose est très simple : vous remplissez votre grille de Loto mais vous renoncez à jouer. Vous me donnerez la moitié de votre mise et moi, en contrepartie, je mets toute ma fortune en garantie pour vous assurer contre le gain.

- Contre le gain ! Vous êtes fou ?

- Oui, je veux vous assurer contre le gain. Si les numéros que vous venez de choisir sortent au prochain tirage, je vous paie le montant complet du lot que vous auriez dû gagner.

À ma surprise, l’homme a accepté mon offre. Nous avons signé un contrat d’assurance contre le gain en bonne et due forme et je lui souhaité bonne chance. Cet homme fut le premier d’une série de clients que j’assurais contre le gain, la garantie étant toujours ma fortune de milliardaire.

Maintenant je passe tout mon temps à visiter les points de vente de Loto Québec pour lui arracher ses clients, fidèles et occasionnels. Bien sûr, j’ai reçu des menaces de la part des avocats de Loto Québec mais mes avocats avaient déjà pris les précautions légales nécessaires. Ce qui n’était au début que le jeu d’un homme riche qui s’ennuie s’est convertie en une entreprise d’assurance contre le gain florissante et très bien cotée à la Bourse de Toronto, une ville qui a été, elle aussi, séduite par mon idée géniale.

Dans son livre magistral d’économie libérale Economics, le grand économiste Paul A. Samuelson a écrit: "les riches doivent s’assurer, les pauvres doivent jouer." Dorénavant, grâce à moi, les pauvres jouent et s’assurent en même temps. Un journaliste de Forbes m’a demandé : "Comment est-ce vous vous définissez en tant qu’entrepreneur ?". J’ai répondu : "Je suis un vendeur de rêves impossibles à moitié prix."

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