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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

L’argent de la vieille

"La pauvreté peut tuer, mais l’abondance n’apporte pas le bonheur." (Howei, défenseur des traditions du peuple Musuo, Chine)

Le 30 avril 2001, je travaillais exceptionnellement jusqu’à 22h00. D’habitude le bureau de poste montréalais où je travaillais fermait à 21h00, mais le 30 avril est un jour pas comme les autres. C’est la date limite pour déclarer ses impôts aux gouvernements fédéral et provincial, le timbre à date postal faisant foi.

À quelques minutes seulement de la fermeture, une dame très élégante, la soixantaine, se présente au guichet pour poster ses déclarations d’impôts. C’est seulement en ce moment qu’elle commence à rédiger les deux chèques adressés à Revenu Canada et Revenu Québec. Les autres clients s’impatientent mais la dame n’en a cure. Elle veut même utiliser le téléphone du bureau de poste pour demander conseil à son conseiller fiscal ! Vu son insistance et son air désemparé, j’accède à sa demande mais lui dis de faire vite, car elle n’est pas la seule cliente de dernière minute. Finalement, elle insère un chèque dans chacune de ses deux enveloppes et s’acquitte des frais postaux.

À cette époque, j’étais intrigué par un tel comportement. Pourquoi attendre la dernière minute pour payer ses impôts ? L’explication m’a été fournie par un ami qui travaille chez une banque : les riches ne veulent perdre aucun jour d’intérêts bancaires. La psychologie fournit une autre explication : pour la majorité des riches, se séparer de son argent est un acte extrêmement douloureux, même s’ils ne risquent jamais de basculer dans la pauvreté ou même de baisser leur niveau de vie. Certains riches ne se sentent jamais en sécurité, même lorsqu’ils accumulent des milliards de dollars. Les statistiques sont formelles : ce sont toujours les gens riches qui commettent le plus de fraudes fiscales. Les pauvres n’ont rien à cacher.

L’inoubliable film de Luigi Comencini L’argent de la vieille (Lo Scoppone Scientifico)* raconte l’histoire d’une ultra-riche américaine, ultra-solitaire aussi, qui essaye d’empoisonner la vie d’un quartier populaire italien en invitant un couple (Alberto Sordi et Silvana Mangano), issu du même quartier, à jouer aux cartes avec elle, leur faisant miroiter des millions qu’ils ne gagneront jamais. La vieille est jalouse de ses voisins pauvres, car ils sont heureux et solidaires alors qu’elle est malheureuse et solitaire. Mais accéder au bonheur des gens simples est un luxe qu’elle ne pourra jamais se permettre.

*) http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Argent_de_la_vieille

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