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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

Une seule molécule vous manque

Dix jours de sobriété volontaire

"Une seule molécule vous manque, et tout est dépeuplé." (Lamartine, adapté)

Quelqu'un a dit : "Pourquoi dit-on souvent qu'il difficile d'arrêter de fumer ? Ce n'est pas vrai. Moi, je l'ai fait au moins quarante fois !" Je peux dire la même chose à propos de l'alcool. Aujourd'hui, c'est mon dixième jour sans alcool. Mais c'est loin d'être un record. Mon record absolu, enregistré pendant l'été 2012, est de 33 jours ! Peut-être fus-je touché par la baraka du ramadan. C'était une traversée difficile, surtout vers la fin de ce mois de jeûne et de prière. Pendant ces 33 jours, je buvais des quantités énormes de thé, vert et noir, de café, dans ses déclinaisons italienne et arabe, et de chocolat chaud. Dans cet univers désalcoolisé, une scène du film Shining m'obsédait, surtout le soir. Celle où Jacques Torrence, seul au comptoir du bar désert de l'Overlook Hotel, quelques secondes avant l'apparition miraculeuse du barman Lloyd, parle tout seul : "God, I'd give anything for a drink. I'd give my god-damned soul for just a glass of beer!"

A peu près une semaine avant la fin de ce ramadan 2012, j'ai fait un rêve inoubliable. J'ai rêvé que j'entrais dans un bar secret, ouvert au milieu de la nuit. Un endroit sombre où on a de la peine à distinguer les visages et où, Dieu merci, la Celtia coulait à flots.

Je pense que pour écrire sur l'alcool il faut être sobre, comme je le suis maintenant. Ces périodes où les neurones de mon cerveau, carburant à la caféine – faute d'alcool – m'aident à me comprendre. Le manque d'alcool ne me cause aucune souffrance physique. Le rythme veille-sommeil et l'appétit ne changent pas. Ce qui change c'est le bon kif, qui brille par son absence. Je peux comparer la vie sans bière et sans vin à un repas sans épices et sans sel. Certes, il reste comestible et nutritif mais il lui manque un détail important : la saveur.

Ce que je retiens de mes périodes fastes où je passais mes soirées à la brasserie L'Amère à boire, à Montréal, c'est un moment magique que j'appellerais le "décollage". Il se passe généralement lorsque les molécules d'alcool de la deuxième pinte rejoignent celles de la première. À cet instant précis l'âme devient légère, puis "décolle". Une fois, un serveur de la brasserie que je connaissais bien m'a fait une remarque que je n'oublierai pas. Au moment où je venais de "décoller", il m'a dit: " Tu es dans les nuages". Il a tout compris.

Lorsqu'un être vous manque, c'est la preuve que vous l'aimez. Mes blondes, la tunisienne Celtia (mon premier amour), les allemandes Zwickel Bruch, Dortmuner Union, Jever, Krombacher, Paulaner, Franziskaner, Kapuziner, Flensburger, Becks, la hollandaise Amstel d'Amsterdam, la belge Mort Subite, l'italienne Sans Souci, les canadiennes Fin de siècle, Drak, Černá Hora, Boréale et tant d'autres me manquent énormément. Si vous saviez combien je les aime !

Omar K.

Sousse, le 6 mars 2013

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