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Journal d'un nomade

Journal d'un nomade

Restless, shifting, fugacious as time itself is a certain vast bulk of the population of the red brick district of the lower West Side. Homeless, they have a hundred homes. They flit from furnished room to furnished room, transients forever - transients in abode, transients in heart and mind. They sing "Home, Sweet Home" in ragtime; they carry their lares et penates in a bandbox; their vine is entwined about a picture hat; a rubber plant is their fig tree. (O. Henry)

La légende du soldat mort

Comme la guerre ne connut aucune trêve

La paix fut impensable, même en rêve

Le soldat en tira les conséquences

Touché par balle, il tira sa révérence.

L’empereur regretta l’issue mortelle

Mais la guerre continua de plus belle

Ce héros qu’on jeta dans une fosse

Fut fauché par une mort plutôt précoce.

L’été baignait les tombes de sa lumière

Le soldat dormait en paix au cimetière

Soudain pointa la commission sanitaire

Mandatée par les forces militaires.

La commission creusa la terre

Sortit le soldat de son repaire

À la guerre comme à la guerre

C’est ce que disent les experts.

Le corps fut sondé par un toubib perspicace

De la dépouille il ne resta qu'une carcasse

Le médecin déclara le soldat apte au combat

Son avis ne pouvait souffrir aucun débat.

On emmena le soldat au champ d’honneur

La nuit était habillée de la plus des couleurs.

Lorsqu'on enlève son lourd casque en métal

On pouvait voir les étoiles de la terre natale.

Ils injectèrent dans le corps inerte une liqueur

Pour lui redonner sa force virile et sa vigueur

Deux infirmières lui servirent de béquilles

On lui offrit même les caresses d'une jolie fille.

Comme le soldat puait comme du crottin
On fit appel à un vieux curé, un peu mâtin
Il encensa le corps puant avec ardeur
Pour le débarrasser des ses odeurs

Entendant le bruit des fanfares
Et voyant flotter les étendards
Les pieds du soldat se dégourdirent
Et fut de nouveau au service de l’Empire.

Le soldat soutenu par deux soignants
Offrit aux yeux un spectacle fort poignant
Un guerrier doit rester toujours debout
Et continuer son combat jusqu’au bout.

La vieille chemise du soldat réanimé
Prit les couleurs de la partie bien-aimée
Le drapeau qui couvrit la pourriture
Donna au guerrier une belle allure.

Un officier arborant un beau costume
Fier de son armée et ses coutumes
Accueillit le combattant revenant
Lui promettant un soutien permanent.

Le bataillon défila dans le rues de la ville
Applaudi par une dense foule de civils
Le soldat entama une marche hésitante
Aussi fragile que la neige fondante.

Les chats et les chiens criaient de rage
Même les vents et les courants des rivages:
Nous ne voulons pas devenir des Gaulois
Car cette race abjecte est sans foi ni loi.

En traversant les champs et les villages
Des paysannes leur crièrent courage
Les arbres s’inclinaient et la lune souriait
On lançait des hourras et on priait.

Accompagnant le roulement des tambours
Femmes, chiens et curés de la cour

Criaient aux guerriers leur amour

Le soldat claudiquant nuit et jour

Et parfois en marchant dans les villages
Le soldat fut aussi présent qu’un mirage
Entouré d’une foule en délire
Il n’avait absolument rien à dire.

Autour de lui, c’était la joie et la danse
Mais personne ne notait sa présence.
Seules les étoiles pouvaient le voir
Même lorsque le ciel était tout noir.

Les étoiles parfois brillent par leur absence
Surtout quand l’aube apporte la délivrance.
Le soldat qui apprit sa leçon par cœur
Tombe encore au champ d’honneur.

(Traduit librement de l'allemand par Omar K.)

Texte original :

http://www.totentanz-online.de/medien/musik/brecht.php

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